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sur la prison, l’internement, la sanction pénale, la répression

Bulletin électronique - No 12 / mai 2014 - Editorial


FOUCAULT  Merci !

Tout a commencé en 2012, avec le spectacle « Foucault 71 » à Genève. Séduites par ce travail théâtral, deux membres du Groupe Infoprisons se sont mis en tête de faire venir à Lausanne ce « Collectif F71 ». Encore fallait-il trouver un théâtre disposé à l’accueillir. Autant dire tout de suite que sans le Théâtre de la Grange de Dorigny, ce projet n’aurait jamais vu le jour. A Dominique Hauser et à son équipe vont nos tout premiers remerciements.

Dans le courant de l’année 2013, quand le groupe dans son ensemble a commencé à mettre sur pied la manifestation « FOUCAULT, la prison aujourd’hui », nous étions parfois prises d’un doute vertigineux : les idées ne manquaient pas, mais comment assurer leur réalisation, le financement, la présence du public, l’instauration d’un vrai débat sur la prison ?

Très vite, nous avons pu compter sur des partenaires motivés et enthousiastes, au premier rang desquels le Théâtre de la Grange de Dorigny et l’Interface Science-société de l’Université de Lausanne ; mais aussi
l’Association Prélude, qui a construit un programme ambitieux de dimension internationale ; et tous les autres, la Ligue suisse des droits de l’homme (LSDH) section vaudoise, les Juristes progressistes, le Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique (GRAAP), le Groupe Regard Critique de l’Université de Lausanne, qui ont organisé des débats riches et parfois musclés ; l’Ecole d’études sociales et pédagogiques (EESP), qui a interpellé les travailleurs sociaux à travers un débat, un film et une exposition ; sans oublier les cinémas City-Pully, Oblo et Cinéma de Cossonay qui nous ont formidablement aidés à mettre en image la justice et la prison, parfois dans ce qu’elle a de plus terrifiant, de plus lourd, de plus destructeur ; parfois aussi dans ce qu’on parvient à y créer sur le plan culturel et artistique.

Derrière le nom de toutes ces organisations, il y a des personnes qui se sont engagées sans réserve, qui sont intervenues avec compétence dans les débats et qui ont contribué à éclairer la réflexion de Foucault, à faire revivre son « Groupe d’information sur les prisons », à poser les bonnes questions sur le système pénitentiaire actuel. Un très grand merci à tous ceux qui ont fait de cette quinzaine un parcours incroyablement riche et varié, émouvant, soulevant parfois l’indignation ou la colère. Nous exprimons également notre gratitude à celles et ceux qui nous ont soutenus financièrement : la Loterie Romande, le Département de la formation et de la jeunesse, les Juristes progressistes et tous nos donateurs individuels.

Malgré nos efforts pour amener les médias à s’intéresser non seulement à notre manifestation, mais plus généralement à la problématique de la prison et à la pensée de Michel Foucault, notre manifestation n’a pas bénéficié d’une grande publicité. Pourtant le public a été nombreux à tous les événements mis sur pied durant cette quinzaine. Il faut relever toutefois l’importante contribution de la Radio (RTS la première) qui a diffusé des émissions sur la prison durant toute une semaine, de même que le partenariat avec les journaux « Le Courrier » et « la couleur des jours ». Merci à eux.

Et maintenant ?… Nous avons bien sûr à digérer tout ce que nous avons vu et entendu, et à faire le point sur la suite de nos activités. Il nous est arrivé, avant, mais aussi pendant la manifestation de mars, de nous interroger sur nos objectifs et le sens de notre démarche. Nous vivons une période où la prison est omniprésente dans les médias et dans l’opinion publique. Jamais les questions de l’enfermement, de la sanction, de la réinsertion n’ont été autant débattues ; jamais le binôme dangerosité – sécurité n’a fait l’objet d’autant de prises de position. A la veille d’une votation populaire sur l’initiative de la Marche blanche, demandant que les auteurs de délits sexuels sur les mineurs ne puissent plus travailler avec des enfants, il paraît clair que l’émotion populaire parviendra à durcir encore le Code pénal, au détriment du principe de proportionnalité. En même temps, une opinion, certes minoritaire, se manifeste clairement pour remettre en question le″ tout carcéral″ ou la ″psychiatrisation de la justice″.

De nombreuses personnes ont pris contact avec nous pour exprimer leur intérêt pour ces questions, voire pour nous proposer leur collaboration. Nous allons prendre le temps de les rencontrer et de discuter de leurs options et des nôtres. Notre groupe se situe ainsi, d’une certaine manière, à la croisée des chemins. Nous avons le sentiment que nous devons nous réorganiser, envisager quelles sont nos ressources et nos compétences, repenser nos objectifs. En même temps, le succès de la manifestation Foucault démontre qu’il est plus que jamais nécessaire qu’un regard critique continue d’être porté sur la justice et le système pénitentiaire. En cet « après-Foucault » de mai 2014, nous éprouvons d’abord le besoin de souffler, de réfléchir, de consulter, de redéfinir. Il y aura donc une pause, et pas de nouveau bulletin jusque vers la fin de cette année. Nous sommes convaincues que les problèmes qui agitent aujourd’hui le monde pénitentiaire et l’opinion publique attendront ce temps-là, et que nous les retrouverons (presque) dans l’état où nous les laissons aujourd’hui.


Afin de garder trace des riches interventions et échanges qui ont eu lieu durant cette dizaine de jours, dans le cadre de la manifestation et autour de celle-ci, nous avons regroupé ci-dessous les enregistrements des conférences et tables rondes, les divers textes publiés à cette occasion, et d’autres documents encore.


Toute bonne écoute, toute bonne lecture !

Groupe Infoprisons : Anne-Catherine Menétrey-Savary, Colette Pauchard, Marie Bonnard,
                                 Muriel Testuz, Patricia Lin, relecture Joëlle-Pascale Ulrich

 

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