Infoprisons

Dans ce bulletin

Actualités diverses

Sous ce titre, nous présentons quelques brèves informations qui ont retenu notre attention dans les médias ou qui nous ont été transmises par des abonnés. Cliquez-ici.

Prison en question

C’est à partir des années 1980 que les systèmes carcéraux de nombreux pays, surtout les USA, ont subi une vague de privatisations. Celles-ci s’accompagnent de « clauses d’occupation », obligeant les Etats à remplir les prisons, et de systèmes d’exploitation des détenus qui empêchent souvent leur réinsertion. La firme G4S, illustrée de façon terrifiante par le film « Prison for profit » est active dans 125 pays, notamment au Royaume Uni et en Afrique du Sud. « Ce système a substitué à la réhabilitation des prisonniers l’enrichissement privé et l’incarcération de masse », écrivent en conclusion les auteurs d’un long article sur ce sujet.

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Plus : Arthur Deveaux-Moncel et Florian Mattern : « La privatisation du système carcéral : l’économie libérale du temps suspendu ». Dans Le vent se lève, media audiovisuel français ; 14.10.20.

Une étudiante en histoire, Julia Litzén, nous a transmis le texte d’un séminaire qu’elle a présenté à l’Université de Fribourg sur les mouvements de contestations de l’enfermement et de la prison dans les années 1970-1980. En France, après mai 68 et l’arrivée en prison des étudiants contestataires incarcérés, des groupes se sont formés pour rendre visible ce qui était caché et aider les détenus à défendre leurs droits. Le Groupe d’information sur la prison (GIP) de Michel Foucault est bien connu, mais en Suisse aussi des groupes se sont mobilisés pour dénoncer les conditions de détention et remettre en question l’existence même de la prison. C’est notamment l’ancêtre d’Infoprisons, le Groupe action prison (GAP), qui fait l’objet de l’attention de l’autrice. Ce travail de de séminaire n’est qu’un début : il va devenir un mémoire de master. Les archives du GAP, déposées aux « Archives contestataires » à Genève [http://inventaires.archivescontestataires.ch/index.php/prison-2] donneront sans doute des pistes de réflexion pour Infoprisons. Julia Litzén estime en effet que l’univers carcéral a peu changé et que les critiques portées contre lui restent d’actualité.

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Plus : Julia Litzén : « Briser l’isolement : critique de la prison », 1970-1980 ; 2020

Après l’analyse des approches choisies pour lutter contre l’augmentation des infections Covid-19 dans les prisons, Amnesty International fait le constat suivant : les prisons sont les oubliées dans les stratégies étatiques de lutte contre la pandémie. L’étude met en évidence le manque de moyens des services médicaux pénitentiaires, l’absence de traçage des infections et l’adoption de mesures contraignantes inefficaces pour réduire la propagation. La manière dont les infections sont abordées en prison révèle encore une fois, le manque de zèle des autorités étatiques quand il s’agit de la population pénitentiaire. Des stratégies mal calculées car la propagation du virus en prison affecte, inévitablement, l’évolution de la pandémie à l’extérieur des murs carcéraux.

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Plus : Amnesty International, 2021, Prisons oubliées. La pandémie de Covid-19 en milieu carcéral – synthèse.

 

Criminalité

La révision de la loi contre le blanchiment d’argent ne soumettra pas les avocats et les conseils fiscaux à l’obligation de dénoncer les activités criminelles dont ils ont connaissance. Pourtant, cette pratique est déjà bien répandue à l’international. Selon Katia Villard, maître-assistante et chargée d’enseignement au Centre de droit bancaire et financier à l’Université de Genève, le Parlement a opté pour une politique à court terme : les acteurs internationaux vont continuer à exiger l’amélioration du cadre légal dans la lutte contre le blanchiment d’argent et cette question se reposera certainement à l’avenir.

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Plus : Katia Villard, « La Suisse met les pieds au mur dans la lutte contre le blanchiment d’argent », Swissinfo.ch, 11.03.2021.

Le meurtre de Sarah Everard aux Royaume-Uni suscite la colère des femmes, sorties dans les rues pour manifester contre la récurrence des violences dont elles sont victimes. Quel que soit le type de violence subie, souvent, la solution est aussi à la charge de la victime : apprendre comment se protéger contre les agressions d’un inconnu et se rendre dans des refuges en cas de violences domestiques. Peu d’importance est portée sur la manière de réduire la violence des hommes, qui trouve souvent son origine dans l’éducation et les représentations stéréotypées.

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Plus : Domestic abuse, refuges, rape charges…why do we get it wrong on male violence? Sonia Sodha, The Guardian, 14.03.2021.

Justice pénale

L’armée suisse a toujours bénéficié d’une justice d’exception, avec la justice militaire. Ses professionnel·le·s ne sont en général pas connu·e·s de la troupe, comme c’est le cas dans le civil. En revanche, le premier échelon de la justice militaire est bien connu de tous, puisqu’il s’agit du commandement des unités, qui inflige des sanctions disciplinaires. Comment fonctionne ce système de sanctions et quels en sont les chances et les risques ?

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Plus : David Kneubühler, mars 2021, Sanctions disciplinaires au sein de l’armée Suisse : un système d’exception.

Le Congrès de Criminologie Suisse 2020 a eu lieu entre le 30 septembre et le 1er octobre et a abordé le thème « La justice pénale entre intelligence artificielle et algorithmes prédictifs dans le but ultime de la numérisation totale de la justice ». Cet article vous propose un compte-rendu des questions abordées lors du Congrès.
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Plus : Michel Finazzi, mars 2021, Rapport du Congrès de Criminologie SAK/GSC 2020 à Interlaken

Dossier thématique

Détention et dette

La privation de liberté est la manière dont on punit un condamné à la mesure de sa faute en le faisant purger sa peine et, dans le langage courant, payer sa dette à la société. Mais en réalité, la plupart des détenus se trouvent, en sus de leur enfermement, accablés de dettes multiples qui mettent à mal leur réinsertion, mission pourtant affichée du système de justice pénale.

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Plus : Karen Klaue, mars 2021, Après la peine de prison, la prison des dettes judiciaires.

Cette petite série d’articles est issue d’interviews de personnes qui se sont trouvées en prison à cause de leur endettement, ou de personnes (sur)endettées à la sortie de prison.
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Plus : Michel Finazzi, mars 2021, Le surendettement – un frein à la réinsertion.

Au moment de la libération, si les portes de la prison s’ouvrent et que les barreaux n’obstruent plus l’horizon, le poids de la peine reste présent. Avoir purgé sa peine ne signifie pas nécessairement que la dette envers la société est payée, et cette dernière est souvent salée : frais de justice, de procédure, dommages et intérêts peuvent atteindre des centaines de milliers de francs.

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Plus : Marie Salomon et Lauriane Constanty, mars 2021, Les dettes : double peine pour les détenus et leurs familles.